La CSC

Ce sera aussi difficile pour les employés et cadres

«On parle peu des employés et cadres de Caterpillar, alors qu’il y en a 788. Or, ce sera aussi difficile pour eux de retrouver du boulot car ils sont hyper spécialisés dans les techniques managériales spécifiques à Caterpillar. 
Caterpillar a été un laboratoire social: on y a inventé le chômage temporaire pour les employés, le travail le week-end avec une concentration des heures: 12 heures le samedi et 12 heures le dimanche, etc. L’usine a bénéficié des intérêts notionnels, de subsides fédéraux et régionaux. Elle a utilisé à la pelle des travailleurs à très bas coût via les plans Win Win et Activa. Des intérimaires y travaillaient parfois depuis des années. Elle a fait appel un maximum à la sous-traitance. C’est un cruel exemple de l’inutilité des aides accordées de façon inconditionnelle aux entreprises. 
J’espère aujourd’hui que les hommes politiques vont tenir compte de ça et que les décisions qu’ils vont prendre dépasseront le stade de l’intention et de l’incantation. 
Il y a au moins trois choses à faire:
Premièrement, plutôt que de donner de l’argent de manière inconditionnelle à des entreprises qui n’en ont pas besoin, utilisons-le pour réduire collectivement le temps de travail et créer des emplois directs. Rien qu’avec l’argent offert à Caterpillar via les intérêts notionnels (150 à 200 millions), on pourrait financer un an durant 6.500 emplois via une réduction collective du temps de travail (RTT) d’1/5 ème temps appliquée à 25.000 travailleurs payés à 2.500euros/brut/ mois. Et cela sans coûter un euro de plus aux pouvoirs publics, sans perte de revenus pour les travailleurs et sans toucher à la compétitivité des entreprises. Au contraire, les indemnités de chômage qui ne seraient plus payées constitueraient un bénéfice net pour l’État.
Deuxièmement, l’Europe doit réinventer une forme de protectionnisme moderne qui mette les entreprises européennes à l’abri du protectionnisme exacerbé pratiqué notamment par les États-Unis et la Chine. Continuer dans la voie du tout à la concurrence et au libre-échange est, dans le meilleur des cas, d’un angélisme puéril et destructeur. Continuer ainsi fera en sorte que toute industrie manufacturière en Europe aura disparu dans les vingt prochaines années.  
Les aides accordées aux entreprises doivent être remboursables de manière inconditionnelle si les engagements, qui doivent être clairs, ne sont pas remplis.
L’Europe doit faire en sorte, comme ça se fait partout ailleurs dans le monde, que si une délocalisation se fait pour des raisons purement stratégiques et pour augmenter les plus-values, l’entreprise qui fiche le camp doit savoir que l’accès au marché européen pour ses produits deviendra beaucoup plus difficile qu’auparavant. Et dans ce cas de figure, les installations doivent pouvoir être récupérées inconditionnellement par les pouvoirs publics. 
Troisièmement, et cela est totalement entre les mains des femmes et hommes politiques wallons, j’espère vraiment que les travailleurs licenciés, ces pauvres victimes sur lesquelles pleurent tous les politiques, ne deviendront pas rapidement à leurs yeux des chômeurs fainéants qu’on exclura du chômage parce que leur recherche d’emploi n’est pas  assez active.
Je peux comprendre que chacun dise qu’il faut réserver tous les emplois possibles aux travailleurs licenciés de Caterpillar. Mais alors, il faut le dire en toute connaissance de cause, c’est-à-dire en étant conscient que cela ne pourra se faire qu'au détriment de l'armée de réserve constituée par ceux qui n'ont déjà aujourd'hui pas d'emploi.
Enfin, il faut aussi faire le lien entre ce dossier et l’actualité brulante. Dans ce contexte, tout homme politique qui soutiendrait encore la signature du CETA et du TTIP perdrait toute sa crédibilité puisque l’on sait que la signature d’un de ces traités supprimerait de fait les dernières faibles possibilités qu’ont les États de se défendre contre l’agressivité des multinationales."