La CSC

Les coiffeuses ont de quoi se faire des cheveux blancs

Victimes ignorées des produits cosmétiques, les travailleurs du secteur de la coiffure attendent toujours de la Commission européenne un peu de considération pour leur santé.
Fin juin, les partenaires sociaux européens de la coiffure ont signé un nouvel accord sur la santé et la sécurité. Il comporte des avancées très importantes pour les travailleurs, mais une étape cruciale reste à franchir: la transposition de cet accord en directive européenne. La balle est donc dans le camp de la Commission européenne, qui s’est montrée jusqu’à présent fort réticente à légiférer dans ce sens.
En Belgique, on estime qu’environ un quart des coiffeurs – et surtout coiffeuses (80% de femmes dans le secteur) − se voient contraints de quitter leur métier, principalement en raison des maladies de la peau et autres allergies occasionnées par les produits cosmétiques et chimiques utilisés au quotidien, souvent sans protection adéquate. Il n’existe pas de chiffres européens pour le confirmer, mais la situation est certainement au moins aussi grave à l’échelle européenne, où on recense près de 1,5 million de personnes dans ce secteur, occupées pour la plupart dans de très petits salons de coiffure, et souvent sous statut d’indépendant.

Dialogue social européen 

«Il serait pourtant possible de prévenir ces départs anticipés et de permettre aux travailleurs de continuer à exercer le métier qu’ils ont choisi et qu’ils aiment» soutient François Laurent, secrétaire national de la CSC-Bâtiment industrie & énergie (CSC-BIE) et président du dialogue social sectoriel au niveau européen. Les partenaires sociaux européens de la coiffure ont multiplié ces dernières années les initiatives pour améliorer les conditions de travail, de santé et de sécurité des coiffeurs. En bref, ils réclament des autorités européennes un plan de santé et de sécurité pour le secteur qui consacre à la fois le principe de prévention et le principe de substitution pour les substances dangereuses. Ils demandent également des études et analyses toxicologiques qui permettraient d’analyser clairement les risques pour la santé et la reproduction, afin de légiférer de manière efficace et harmonisée.

Intensifier la recherche

À l’heure actuelle, rien n’oblige les fabricants des produits cosmétiques et chimiques utilisés dans la coiffure à prendre en compte l’exposition additionnelle des professionnels du secteur. La seule obligation qui leur incombe sur base de la directive européenne sur les produits cosmétiques est l’évaluation des risques pour la santé des consommateurs. Ce constat est d’autant plus aberrant que l’on sait que les travailleurs du secteur, c’est-à-dire principalement des femmes en âge de procréer, sont amenés à utiliser ces produits plusieurs fois par jour, au travers de shampoings, de colorations, de permanentes et de mèches.
Pour les partenaires sociaux, les fabricants devraient impérativement intensifier la recherche et le développement de produits cosmétiques moins nocifs, fournir les gants de protection adéquats ou encore travailler sur la lisibilité de leurs notices d’utilisation, trop souvent rédigées dans un langage complexe et en petits caractères.

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