La CSC

Une autre façon de gérer une entreprise

Située à quelques kilomètres de Lille, l’entreprise Pocheco fabrique des enveloppes à en-tête. Une entreprise innovante qui allie efficacité économique, bien-être du personnel, pérennité de l’emploi et respect de l’environnement.
Des délégués de la CSC bruxelloise qui suivent les formations du Réseau intersyndical bruxellois de sensibilisation à l’environnement (Brise) et de la Cellule intersyndicale diversité, ont embarqué dans un bus aux petites heures, le 15 novembre, pour un voyage de découverte d’une entreprise. Direction Forest-sur-Marque, un village proche de Lille. Pocheco est une entreprise privée française qui fabrique des enveloppes «écologiques», ou «écoveloppes», à en-tête. Suite à des difficultés économiques et à des conflits sociaux dans les années 1980, son directeur, Emmanuel Druon, a décidé de transformer l’entreprise autour du concept d’«écolonomie». «Depuis vingt ans, l’activité et la démarche de Pocheco sont guidées par les trois principes de la circularité: la réduction du risque au travail et la baisse de la pénibilité des postes, la réduction de l’impact sur l’environnement et la prévention des pollutions, et l’amélioration de la productivité de l’activité et du site industriel. Nous appelons cette démarche “écolonomie”», explique Édouard Sellier, le guide pour cette visite.

Pas d’intérimaires

Leader sur le marché de l’enveloppe de gestion, avec 70% de part de marché en France, Pocheco emploie 125 personnes, toutes sous CDI. L’entreprise n’engage pas d’intérimaires. «Notre objectif est de garantir l’emploi jusqu’à la retraite», explique Édouard. Entreprise familiale, Pocheco a renoncé au capitalisme financier: 100% des bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise.
Implantée dans le village de Forest-sur-Marque, l’entreprise est aussi attentive à son voisinage. Elle met tout en oeuvre pour diminuer les nuisances sonores, visuelles et de mobilité dues à son activité, notamment en réduisant au maximum les transports, en évitant toute charge et décharge pendant les heures de pointe et en entourant l’usine de bandages de bois imputrescibles (qui ne pourrissent pas). De même que les extensions du site ont été faites en hauteur plutôt qu’en longueur, pour mieux se fondre dans le paysage campagnard. En gagnant de l’espace au sol, cela a permis de développer des espaces à cultiver.

Écologie à tous les étages

Isolation des bâtiments rénovés, grandes baies et toitures vitrées pour laisser entrer la lumière, toitures végétalisées, panneaux photovoltaïques, capteurs photosensibles qui adaptent la luminosité des néons, encres à eau, bambouseraie chargée de traiter les eaux souillées par le nettoyage des machines, réduction maximale des déchets et recyclage de ceux produits malgré tout, réduction des emballages… L’entreprise intègre l’écologie dans toute sa filière de production.
La récupération de l’eau de pluie a permis de diminuer de 80% la consommation d’eau potable. La «salle à pompe» dégage de la chaleur qui est directement réinjectée dans l’atelier, ce qui a permis à Pocheco de se passer du gaz pour se chauffer. Un bassin de «phytoremédiation », fait de bambous, traite les eaux usées qui étaient auparavant traitées ailleurs, ce qui nécessitait des transports en camion et des frais importants. À la sortie du bassin, l’eau peut être réinjectée dans le réseau. Tous les postes de travail sont aussi étudiés pour éviter tout gaspillage, en termes de chutes de papier ou de fonds de pots de peinture, par exemple.

Espaces verts et potager

Les bâtiments sont entourés de jardins et de verdure. Un «permaculteur» a été engagé pour s’occuper des espaces verts et du potager. La voirie des pompiers a été transformée en jardin. Des framboisiers courent le long des murs. Et les employés peuvent prendre un temps de pause dans le «verger conservatoire» (qui privilégie les variétés en voie de disparition) et y cueillir les fruits. Sur les toits, les abeilles de douze ruches produisent du miel grâce aux fleurs des murs et des toitures végétalisés qu’elles butinent. Pocheco étant située dans un village, son accessibilité en transports en commun n’est pas aisée. L’entreprise facilite l’achat de voitures électriques, tout en incitant au covoiturage pour réduire les frais. L’usage du vélo électrique est encouragé par la vente de vélos électriques à un tarif préférentiel et un système de location de 25 euros par mois comprenant une assurance tout risque moyennant un engagement d’un an.

Un management horizontal

L’entreprise ne cesse d’innover. «On est constamment en train de réfléchir à de nouveaux projets. Ça ne s’arrête jamais. C’est possible grâce à la façon dont est dirigée l’entreprise. Elle permet d’entreprendre facilement plus de projets», explique Édouard. Chez Pocheco, il n’y a pas de hiérarchie lourde, ni de titres à rallonges. Le management se fait de manière horizontale. Un comité de pilotage composé de trois femmes et de trois hommes donne la direction de l’entreprise. Ces personnes sont des «référents» pour les autres, mais chaque membre de l’équipe est autonome et responsable de son travail. Il y a aussi un comité de pilotage élargi, composé de six hommes et de six femmes, qui est en quelque sorte le «comité junior» et qui est formé pour, à terme, prendre la relève du comité de pilotage.

Bien-être et formation volontaire

Deux fois par semaine, les travailleurs de Pocheco peuvent courir avec un coach sportif pendant la pause de midi. Des séances de shiatsu et d’ostéopathie leur sont également proposées sur le lieu de travail et pendant les heures de travail. Ce qui augmente leur bien-être et diminue les risques psychosociaux. L’atelier a aussi été conçu afin d’améliorer le confort de travail des employés. Les machines ont été «cartonisées», c’est-à-dire emballées pour diminuer le bruit, ce qui permet non seulement de gagner en confort, mais aussi en sécurité. Elles ont été peintes de différentes couleurs, pour égayer le lieu. La toiture est pourvue d’un grand puits de lumière, ce qui a permis de diminuer de 50% la consommation d’éclairage et donne un éclairage naturel plus agréable et confortable pour les travailleurs.
Tous les employés bénéficient également d’une année de formation en interne et tiennent à jour un tableau de formations. «Si les employés veulent évoluer dans leur carrière, la demande de formation doit venir d’eux. On insiste beaucoup là-dessus. On peut tous changer de poste», explique Édouard.

Une source d’inspiration

L’objectif de cette visite était de faire découvrir aux délégués bruxellois une autre façon de gérer une entreprise, et de leur donner des idées pratiques pour améliorer le bien-être des travailleurs, l’impact environnemental et la viabilité de leur entreprise. «Cette visite nous a vraiment donné la vision d’une entreprise qui a envie de faire quelque chose, de bouger. Elle nous a aussi donné quelques pistes. Par exemple, nous avons chez nous un jardin qui est purement ornemental. On pourrait envisager d’y aménager des espaces potagers. Cette visite m’a aussi donné envie d’expérimenter la permaculture. On pourrait aussi envisager de mettre des panneaux photovoltaïques, car nous avons beaucoup de toits plats», résume Thierry Bulpa, délégué chez AG Insurance.
Article paru dans l'Info du 23 décembre 2016