La CSC

Évolution contrastée des conditions de travail

Le Baromètre 2016 montre une importance croissante des risques liés aux postures de travail et une augmentation constante des troubles musculo-squelettiques. 
Parmi les indicateurs importants du «Baromètre 2016 de la qualité de l’emploi et du travail», certains concernent les conditions de travail. Les chercheurs ont analysé de manière approfondie les résultats du volet belge de l’enquête européenne de 2015 sur les conditions de travail et, en particulier, les risques auxquels les travailleurs sont exposés. Ces facteurs ont été regroupés en sept catégories: les bruits ou vibrations; les températures très basses ou très élevées; la respiration de vapeurs, fumées ou poussières; le contact avec des produits toxiques ou infectieux; le soulèvement de personnes ou de charges lourdes; les mouvements répétitifs de la main ou du bras. 
Les chercheurs observent une diminution des risques physiques et biochimiques: «C’est le résultat notamment de l’action des syndicats à la fois dans les CPPT (comités pour la prévention et la protection au travail) et dans les différents conseils consultatifs où ils veillent à une amélioration constante de la législation du travail», précise Gérard Valenduc, directeur de recherches à la Fondation travail-université. En revanche, l’enquête met en évidence la prépondérance des facteurs de risque qui se rapportent aux troubles musculo-squelettiques (TMS) dus aux mouvements répétitifs, au soulèvement de charges, aux postures difficiles. Quarante-cinq pour cent des travailleurs (hommes et femmes) déclarent avoir souffert de maux de dos au cours des douze derniers mois, 41% des hommes et 49% des femmes ont souffert de douleurs musculaires dans les épaules, le cou ou les bras. Ces troubles sont fréquents dans les demandes de reconnaissance comme maladie professionnelle et dans les causes des incapacités de travail de longue durée. 
Enfin, l’exposition à divers facteurs de pression sur le travail ont légèrement diminué; mais les impacts négatifs sur la santé, eux, sont devenus plus fréquents, notamment en termes de stress, d’anxiété et de fatigue généralisée.

Le défi du travail soutenable

Souhaiter travailler plus longtemps est une chose, se sentir apable de le faire en est une autre. Certains facteurs commeles rythmes de travail élevé, les horaires atypiques, les risques physiques ou les comportements agressifs nuisent à la soutenabilité du travail. 
Le vieillissement de la population salariée a entrainé des modifications importantes dans la catégorie d’âge des 50 ans et plus. Au cours des cinq dernières années, leur nombre a augmenté de 140.000 personnes, dont les trois quarts sont des femmes. On les trouve en particulier dans les professions intermédiaires (techniciens et assistants), les métiers de la vente et les emplois peu qualifiés. Le temps partiel a continué à se répandre parmi les aînés, même si les restrictions d’accès au crédit-temps de fin de carrière ralentissent cette tendance. 
Souhaiter travailler plus longtemps est une chose; en être capable en est une autre. La plupart des risques et facteurs de pression auxquels sont exposés les travailleurs âgés ne sont pas moindres que chez les plus jeunes, mais les impacts perçus sur la santé sont plus importants, notamment en termes de fatigue et de bien-être psychologique. Dans ces conditions et face à une pression politique qui vise à l’allongement des carrières, la soutenabilité du travail devient une question cruciale.
Les principaux facteurs favorables à la soutenabilité du travail sont l’autonomie dans l’organisation de son travail, de bonnes opportunités de carrière, la possibilité de s’exprimer, le soutien des collègues et de la hiérarchie proche. En revanche, les principaux facteurs défavorables sont les rythmes de travail élevés, l’exposition fréquente à des risques physiques, biochimiques ou posturaux, les horaires atypiques et la confrontation à des comportements agressifs. 
À partir de 50 ans, près d’un salarié sur trois ne pense pas être encore capable de faire son travail actuel à l’âge de 60 ans, ou cinq ans de plus s’il approche déjà des 60 ans. Bien que le pourcentage de doutes varie selon le genre et les métiers, le scepticisme est répandu dans toutes les professions.
Gérard Valenduc, directeur de recherches à la Fondation travail-université, était l’invité de l’émission radio «Opinions CSC» le 2 juin. Ecoutez le podcast