La CSC

L'emploi se transforme de plus en plus vite

Le «Baromètre 2016 de la qualité de l’emploi et du travail» montre que l’emploi se transforme rapidement: les métiers très qualifiés et les métiers peu qualifiés se développent, tandis que les professions moyennement qualifiées diminuent. Et le travail atypique explose.
En Belgique, aujourd’hui, les activités industrielles représentent 16% des emplois, la construction 6%. Les services se taillent la part du lion avec 78%: 36% pour les services non marchands et 42% pour les services marchands destinés aux entreprises ou aux particuliers. Comment expliquer cette importance des services? D’une part, l’externalisation croissante d’un certain nombre de fonctions (l’ingénierie, l’informatique, le transport, la logistique, la maintenance, la gestion du personnel, le nettoyage, etc.) provoque le transfert d’emplois de l’industrie vers les entreprises de services. D’autre part, l’emploi intérimaire, majoritairement localisé dans l’industrie, contribue également au transfert d’emplois vers les services (agences d’intérim).
C’est ce que montre le «Baromètre 2016 de la qualité de l’emploi et du travail» réalisé par la Fondation travail-université (FTU) et la Chaire travail-université à la demande de la CSC. La qualité de l’emploi se trouve en effet au coeur du combat syndical. Depuis 2014, la CSC commande donc chaque année cette étude dont les indicateurs sont des outils précieux. Comme les précédentes, cette troisième édition concerne le marché du travail et la qualité du travail, et elle y ajoute de nouveaux thèmes comme les mouvements de destruction et de création d’emplois, les conditions d’emploi et de travail des salariés âgés, la digitalisation de l’économie.

Dualisation croissante…

Ce qui frappe, dans cette édition 2016, c’est l’accélération de l’expansion des métiers les plus qualifiés et des métiers les moins qualifiés, tandis que les métiers moyennement qualifiés ne cessent de diminuer:
  • Les cadres, les gérants et les professions dites «supérieures» (professions intellectuelles ou scientifiques, y compris les enseignants) et les professions «intermédiaires» (techniciens, assistants, superviseurs, y compris les infirmiers et travailleurs sociaux) représentent ensemble 45% des emplois en 2015, contre 41% en 2005. 
  • À l’autre extrémité de l’échelle, les métiers peu qualifiés représentent 12% des emplois, contre 10% en 2005.
  • Mais, au milieu de l’échelle, les métiers moyennement qualifiés ne cessent de diminuer. Les métiers non manuels comme les employés de bureau, les vendeurs, les employés des services aux particuliers (soins aux personnes, garde d’enfants, cuisine, sécurité) représentent 26% de l’emploi en 2015, contre 29% en 2005. Et les métiers manuels (métiers qualifiés de l’industrie et de l’artisanat, opérateurs de machines et conducteurs d’engins ou de véhicules) sont les moins nombreux avec 17%, contre 20% en 2005.

... et risque de précarité

Comment expliquer cette évolution? «Le développement économique actuel exige des niveaux de qualification supérieurs, et l’élévation du niveau moyen d’instruction suit, commente Gérard Valenduc, directeur de recherches à la FTU et professeur de sciences sociales à l’UCL. Dans le domaine de la formation initiale, on assiste à une augmentation continue du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, surtout parmi les femmes, et à un problème récurrent de déscolarisation, surtout à Bruxelles et en Wallonie, qui conduit souvent au sous-emploi et au chômage.» Ainsi, la diminution très nette dans les métiers administratifs s’explique par une augmentation de la qualification de certains emplois de bureau (secrétaires, comptables) qui se placent désormais dans les professions intermédiaires; au contraire, les métiers administratifs de qualification moyenne disparaissent. 

Les métiers peu qualifiés sont devenus majoritairement féminins. Ils comprennent les livreurs, serveurs, manoeuvres, aides de ménage, agents de nettoyage, y compris les emplois en titres-services, parmi lesquels il y a plus de 90% de femmes. 
Cette augmentation constante du nombre de personnes cantonnées dans des métiers très peu qualifiés pourrait avoir des conséquences négatives. «Cela fait courir un risque accru de marginalisation des peu qualifiés, souligne Gérard Valenduc. Ils travaillent dans des métiers aux conditions salariales inférieures, dans des statuts souvent précaires, avec des horaires irréguliers et souvent à temps partiel. Ce sont souvent de petits gagne-pain
Le Baromètre 2016 montre une importance croissante des risques liés aux postures de travail et une augmentation constante des troubles musculo-squelettiques. En savoir plus