La CSC

Une période stimulante pour les mouvements sociaux

Ariane Estenne assure la présidence du Mouvement ouvrier chrétien (Moc) depuis le 1er janvier. Pour elle, le contexte politique et social troublé est une occasion de renforcer l’action collective via l’éducation permanente.
«En 2019, présider une organisation comme le Moc, ce n’est pas occuper une fonction de pouvoir, mais animer un pouvoir collectif. C’est ainsi que je perçois ce rôle», explique Ariane Estenne. Le 1er janvier, elle est devenue la nouvelle présidente du Mouvement ouvrier chrétien (Moc), succédant à Christian Kunsch parti à la retraite.
Le Moc fédère l’action conjointe de la CSC, la Mutualité chrétienne, Vie féminine, les Équipes populaires et les Joc. Il porte avec force un message d’ouverture et de pluralisme. Le conseil politique du Moc, réuni à Namur le 5 juin dernier, a élu la nouvelle présidente à une écrasante majorité des voix. C’est seulement la deuxième fois de son histoire que le Moc porte une femme à la présidence. Jeanine Wynants avait exercé ce mandat de 1979 à 1985.
Âgée de 35 ans, Ariane Estenne est licenciée en sciences politiques de l’ULB. «L’Info» l’a rencontrée à l’aube de son nouveau mandat.
Pourquoi avoir répondu positivement aux sollicitations du Moc et vous être portée candidate à la présidence?
Ce qui marque chaque étape de mon parcours, c’est une indignation forte. Durant mes études, je me suis intéressée à la question des femmes et des féminismes. Engagée par Vie féminine, j’ai travaillé sur le terrain avec des femmes issues de tous milieux. J’ai adoré le travail d’éducation permanente qui a renforcé ma conviction de l’importance du travail culturel pour changer le monde. Puis, j’ai assuré la coordination de la Caravelle des droits des femmes. Une expérience très puissante! En mai 2014, devenue secrétaire générale adjointe de Vie féminine, j’ai assuré une mission de pilotage du mouvement. Puis, Alda Greoli m’a demandé de me charger de l’éducation permanente à son cabinet. Elle l’a fait sur base de mon expérience de terrain. Aujourd’hui, repasser du côté associatif m’apparait comme une évidence. Structurer une action collective forte via l’éducation permanente est et reste mon fil conducteur.
Vous prenez vos fonctions alors que l’actualité politique et sociale est difficile et troublée…
Tout ce qui se passe actuellement témoigne du grippage de la démocratie, qu’elle soit politique ou sociale. Il y a un rejet des institutions au sens large. Les initiatives citoyennes qui émergent aujourd’hui sont une forme d’expression de ce rejet. C’est pourquoi, balayer d’un revers de la main un mouvement comme les Gilets jaunes n’aurait aucun sens. 
Le Pacte social a été créé après la guerre avec la conviction partagée qu’il fallait diminuer les inégalités et proposer une sécurité sociale forte. Cette conviction partagée s’effrite, entre autres à cause des politiques individualistes et néolibérales menées depuis des années. Du coup, certaines mobilisations ont lieu hors de structures qui peuvent être perçues comme inefficaces.
Tout cela oblige les mouvements sociaux à s’interroger. Ce contexte troublé est l’occasion de réhabiliter les syndicats, les mutuelles, ce qu’on appelle les corps intermédiaires, car ils font le lien entre revendications de terrain et réalisations politiques. Il faut réinventer ce rôle d’intermédiaire tout en gardant les mêmes balises: l’horizon, c’est l’égalité; le chemin, c’est la démocratie.
Aujourd’hui, la Belgique a un gouvernement minoritaire. Des élections importantes auront lieu en mai. Que dit le Moc?
Si on repart avec la même coalition fédérale, il n’y aura plus de corps intermédiaires! Concrètement, en termes de revendications, le Moc et ses organisations veulent un travail digne, des revenus décents, une sécurité sociale qui joue son rôle d’assurance. Et bien sûr, il faut inclure les questions de transition et de climat et, partout, de démocratie culturelle!
Au niveau européen, le Moc est clair: tout sauf l’extrême droite. Il faut développer tout ce qui peut contribuer à approfondir la démocratie politique, sociale, économique, du local au mondial. Et évidemment, nous devons, à tous les niveaux de pouvoir, tout mettre en oeuvre pour lutter contre le racisme, de manière urgente et radicale!