La CSC

Burn-out, bore-out, brown-out: les blessures invisibles

Comme le feu auquel il fait référence, le burn-out s’est répandudans tous les secteurs du monde du travail. Quelles sont les origines de cette maladie psychosociale et de ses déclinaisons que sont le bore-out et le brown-out? Comment s’en prémunir et comment en sortir? Première partie de notre dossier.
Le burn-out était, au départ, associé aux catégories professionnelles aidantes (travailleurs sociaux, travailleurs médicaux…). Mais il est apparu que cet état d’épuisement professionnel consumait (c’est la signification du terme «burn-out») également les dernières ressources des cadres d’entreprise, des employés et des ouvriers. Bref, tous les types d’emplois, dans tous les secteurs.
L’épuisement professionnel n’est pas un phénomène nouveau mais, jusqu’il y a peu, le feu couvait encore sous la dénomination générique de «dépression». Ce qui a empêché d’aborder le burn-out et ses déclinaisons, le bore-out et le brown-out, de manière spécifique, tant sur le plan de la prévention que sur celui de la gestion de ces pathologies et du retour au travail.

Les ouvriers ne sont pas épargnés

En novembre dernier, la CSC de Mons-La Louvière organisait une soirée-débat sur le thème «De plus en plus out? Burn-out, boreout, brown-out?» pour faire le point sur cette question avec, entre autres, Guy Denuit, éditeur et auteur d’une série d’ouvrages sur le bien-être au travail.
«Lorsqu’il se trouve en état de burn-out, un travailleur peut se trouver dans un état d’épuisement total. Il est incapable de travailler, tant son corps et son esprit vont mal, déclare l’auteur, ancien chef du Contrôle du bien-être en Hainaut. On rencontre cette pathologie principalement dans les métiers intellectuels et relationnels, mais les travailleurs manuels n’en sont malheureusement pas exemptés.» Selon une étude française (2), 13,2% des ouvriers présenterait un risque d’épuisement professionnel.
En effet, si le burn-out est devenu un sujet largement popularisé par la presse s’agissant de l’épuisement professionnel des cadres et des employés, le burn-out des travailleurs manuels est largement moins traité, alors que eux aussi sont mis sous pression, notamment dans la sous-traitance. «S’ils en sont moins victimes, explique l’intervenant, c’est parce que leur travail et leur niveau de responsabilité sont plus facilement quantifiables. On sait qu’un maçon peut mettre, en une heure, un certain nombre de briques pour construire son mur, et qu’il ne sera pas possible d’en mettre le double. L’ambition de grimper dans la hiérarchie des responsabilités dans une entreprise est également plus modeste dans les métiers manuels, ce qui a pour conséquence qu’il y a moins de frustrations au niveau du travail

Bore-out: la souffrance de l’ennui

«La différence importante entre le burn-out et le bore/brown-out, explique Laurence Semoulin, permanente interprofessionnelle à la CSC de Mons-La Louvière et intervenante lors de la soirée débat, c’est que le burn-out ne vient en général pas de la victime. C’est un phénomène qui vient de l’extérieur, qui est généré notamment par du stress.» Le corps dit stop et la machine se bloque, physiquement et psychologiquement. «Le bore-out et le brown-out proviennent d’un sentiment: le travailleur est victime de ce qu’il ressent. Le problème doit dès lors être analysé sur base du contenu de son travail.»
L’ennui au travail, qui peut aboutir au bore-out, reste un sujet tabou. Lorsqu’on l’aborde, les conversations tournent souvent court: celui qui ne se plaît pas dans son travail n’a qu’à en changer. Une souffrance encore plus difficile à exprimer dans les milieux ou l’emploi est plus précaire, celui qui se plaint se voyant souvent rétorquer qu’il a «la chance d’avoir un emploi».
Au niveau du monde ouvrier, un opérateur qui perce des trous à longueur de journée, travail répétitif et parcellaire, peut également aboutir à une réaction de bore-out. «Plus les travailleurs sont formés, ajoute Guy Denuit, plus le risque est grand que l’ennui s’installe
Le sentiment d’ennui étant plus personnel, le problème se manifeste de façon moins criante que le burn-out. «Un cadre qui tombe dans le burn-out, c’est une catastrophe. Avoir mille ouvriers qui s’ennuient au boulot et qui grognent, ça ne n’empêche pas les responsables du management de dormir.»
Le bore-out, comme le burn-out, n’est pas sans risques en matière d’accidents du travail. On assiste d’ailleurs à une augmentation du nombre de reconnaissances d’accident du travail dans le cadre des risques psychosociaux. Mais aucune jurisprudence claire ne ressort actuellement des arrêts rendus en la matière par les cours du travail, certains cas ayant été reconnus comme accidents du travail, d’autres pas.

En recherche d'interlocuteurs

Si la pression sur le travail et un contexte ultra-concurrentiel jouent un rôle important dans l’explosion des maladies psychosociales, la mondialisation et les changements dans le management constituent un facteur aggravant important. «Le patron n’est plus souvent le propriétaire de l’entreprise. Face à une maladie psychosociale, le responsable journalier n’a plus les moyens de se soucier de cela et de résoudre ce type de problème. Il est désormais moins un interlocuteur pour résoudre des problèmes que celui qui bat la mesure, comme sur les galères. La direction croit y gagner, mais cela fait des dégâts dans la motivation des travailleurs », constate Guy Denuit.
D’où l’importance d’une délégation syndicale en entreprise. Le délégué est la personne à qui le travailleur en souffrance peut encore s’adresser. «Mais son rôle devient difficile s’il y a un problème global dans une entreprise, regrette l’auteur. Il est aussi difficile pour le délégué syndical de trouver un interlocuteur pour régler les problèmes. D’où l’importance d’une internationalisation du dialogue syndical.»

L'heure du retour

Le retour du travailleur après une convalescence plus ou moins longue est un moment particulièrement délicat et difficile. D’une part, parce qu’au même titre que les séquelles physiques, la victime d’épuisement professionnel a également des séquelles psychiques. Lorsqu’elle revient, il n’est pas certains que l’organisation du travail, le contenu de la tâche ou les rapports avec le mangement auront changé. Quelqu’un qui, à son retour au travail après un burn-out, se fait insulter ou rabrouer publiquement dans son entreprise, le vivra comme une agression et risque de rechuter.
D’autre part, parce que la croisade du gouvernement contre les maladies aboutissant à des incapacités de travail de longue période, les mesures de réintégration des malades facilitent la possibilité pour l’employeur d’envoyer les travailleurs à la médecine du travail, qui décidera si le travailleur est apte ou non à reprendre le travail. «Le projet politique de la ministre de la Santé consistant à payer quelques séances chez le psychologue pour remettre rapidement les malades au travail, risque fort de ne rien résoudre au problème si on les remet dans la même firme, dans le même job», s’insurge Guy Denuit. 
Dans ces conditions, le danger pour le travailleur est d’être reconnu définitivement inapte à reprendre le travail, ce qui peut être synonyme de licenciement. «Avant, quand on voulait virer quelqu’un, il fallait lui payer ses indemnités de préavis. Maintenant, ce n’est plus automatiquement le cas grâce à la réintégration des malades», s’inquiète Laurence Semoulin. Le comité PPT ne peut jouer ici qu’un rôle d’avis et d’accompagnement. La délégation syndicale peut accompagner le travailleur dans ses entretiens, mais il n’y a pas de structure de soutien psychologique en dehors de la médecine du travail, garante de sa bonne réintégration.
On le voit, le burn-out et ses dérivés sont des problèmes délicats et il s’agit, tant pour les travailleurs que pour les représentants syndicaux, de rester attentif, sur le terrain comme au niveau législatif, à l’évolution de la prise en charge, depuis la prévention jusqu’à après le retour, de cette maladie du siècle.
D. Mo.

De quoi parle-t-on?

Burn-out: Etat d'épuisement extrêmement grave d'origine psychique, mais avec des conséquences importantes sur le physique.
Bore-out: Syndrome d'épuisement professionnel par l'ennui. Il est déclenché par le manque de travail, l'ennui et l'absence de satisfaction professionnelle.
Brown-out: Ce terme vient de l’électronique et fait référence à une chute de tension du réseau électrique qui aboutit à une légère panne de courant. Dans le monde du travail, il correspond à des travailleurs qui travaillent beaucoup, en étant surmenés et insatisfaits. La motivation baisse et le travailleur se désengage de son travail.