La CSC

Le gouvernement se place toujours du côté des puissants

Passant en revue les dossiers de fin d’été qui feront encore l’actualité des prochaines semaines, la secrétaire générale de la CSC dénonce le «deux poids, deux mesures» permanent des politiques du gouvernement.
Le journal «L’Info» fait un premier point avec Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC, sur quelques gros dossiers qui ont occupé la fin de l’année sociale dernière et seront encore au premier plan de l’actualité de cette rentrée. 

Allocations de chômage, dégressivité

«Si le gouvernement met son projet à exécution, les allocations de chômage seront plus rapidement réduites au minimum. Or, cette technique n’aide pas les demandeurs et demandeuses d’emploi à retrouver plus facilement du travail. Les statistiques montrent même le contraire: ils tombent plus rapidement dans la pauvreté, puisque les allocations les plus basses sont déjà nettement inférieures au seuil de pauvreté. Le gouvernement Michel avait promis de porter les allocations sociales au niveau du seuil de pauvreté européen; avec ce projet, il renie sa parole et fait même le contraire de ce qu’il avait promis. De plus, il revient avec son projet de travail obligatoire pour les personnes privées d’emploi. Pourtant, ce type de mesure n’a aucun effet positif, c’est prouvé aussi.»
«Il y a dans tous ces projets une non reconnaissance de la dignité de l’être humain. Le gouvernement se montre de plus en plus intraitable avec les plus faibles: contrôles domiciliaires, croisement des données de consommation d’eau, d’électricité, privation de leurs ressources… Il se montre beaucoup plus accommodant avec ceux qui sont forts: on n’est toujours nulle part dans la lutte contre la fraude fiscale, aucune mesure importante n’a été prise face aux scandales financiers des dernières années…»
«Il y a réellement un “deux poids, deux mesures” dans les politiques mises en oeuvre: d’une part, le gouvernement décide une redistribution des allocations de chômage, avec une dégressivité, dans une enveloppe fermée. Mais quand il décide d’accorder de nouvelles réductions de cotisations sociales aux employeurs, il ne dit pas aux entreprises: “Donnons aux petites et reprenons aux grandes, organisez la solidarité entre vous”. Là, il ouvre le robinet à fond, sans regarder le rapport qualité-coût. Le gouvernement se met toujours du côté des puissants, pas des plus faibles de la société

"Jobsdeal"

«C’est une occasion manquée! Avec leur projet de “deal pour l’emploi”, les gouvernements fédéral et régionaux, ensemble, affichaient une ambition forte: permettre à davantage de demandeurs d’emploi de retrouver un emploi. Le fédéral avait demandé aux interlocuteurs sociaux de lui soumettre des propositions, mais finalement il n’a quasi-rien gardé. Le gouvernement parle de métiers en pénurie. Parmi eux, les infirmiers et infirmières, les informaticiens, les policiers, les enseignants, les entraîneurs de foot aussi… Ce n’est pas avec le “jobsdeal” qu’il va répondre à cela. Le comité régional wallon de la CSC a réalisé un travail intéressant sur ces questions
«Il faut définitivement couper les ailes à ce canard selon lequel les travailleurs seraient incapables de changement. C’est faux! Seulement, il ne faut pas changer pour changer. Si on impose le changement sans expliquer pourquoi on le fait et où l’on se dirige, bien sûr cela va bloquer. Mais si, comme chez Volvo à Göteborg, on dit au personnel: “Nous voulons devenir le leader du tout-électrique. Pour cela, on aura besoin d’électriciens plus que de mécaniciens”, on peut négocier pour reconvertir les mécaniciens, les former. Ce ne sera pas facile tous les jours, mais des personnes considérées comme compétentes et traitées comme telles pourront entrer dans le projet. Ce n’est évidemment pas possible partout et toujours, mais c’est quand même une réalité qui attend de nombreux secteurs, de nombreuses entreprises, et qui se mène avec les délégués du personnel.»
«Il est grand temps que les pouvoirs publics, tous partis confondus, mènent une réflexion fondamentale sur la structuration de notre activité économique. Il existe des expériences dont on peut s’inspirer parce qu’elles partent des réalités et des besoins du monde du travail: les missions régionales, les expériences “territoire zéro chômeur” partent de la réalité du sous-emploi dans une région. Sur le terrain, beaucoup de projets de collaboration, marchands ou non marchands, se créent et fonctionnent avec un moteur commun: donner du sens, créer de l’emploi pour ce qu’il génère de valorisation et d’initiatives partagées. Il existe d’autres pistes porteuses de création d’emploi que le seul levier des avantages fiscaux pour les entreprises. Pour la CSC, une évaluation sérieuse de l’effet de ces mesures est indispensable

Pensions, pénibilité

«Le Conseil national du travail va reprendre les discussions sur la pénibilité des métiers et la possibilité pour les travailleurs qui les exercent de partir un peu plus tôt en pension légale. Cela reste un dossier phare pour la CSC. Nous mettons la dernière main à un nouveau “Journal des pensions” réalisé en front commun. Il sera distribué dans les prochains jours. Avant l’été, nous avons aussi décidé en front commun syndical de mener, le 2 octobre prochain, des actions décentralisées dans les régions.»

Ryanair

«C’est un combat exemplaire. Il a démarré à Charleroi voici treize ans, et il faut rendre hommage à la ténacité d’un permanent syndical qui, interpellé par les travailleurs de l’entreprise, les a entendus et soutenus dès le début. Merci aux excellents juristes de la CSC qui ont analysé le dossier et l’ont défendu victorieusement devant plusieurs cours et tribunaux. Les actions menées cet été l’ont été dans plusieurs pays européens. L’Europe des travailleurs par les travailleurs est une réalité dans ce combat syndical.»
«Ryanair démontre l’épuisement et l’absurdité du système de travail à bas coût. Ce qui se passe chez Ryanair montre que même des travailleurs qualifiés qui ont dû y aller de leur poche pour financer leur formation, doivent se battre pour faire reconnaître leurs compétences et leurs droits. Enfin, ce qui se passe chez Ryanair montre l’importance de la grève. Ce n’est pas un outil dépassé. C’est aussi un exemple de la responsabilité des consommateurs: la plupart des usagers ont réagi de manière positive, alors que la grève était menée en période de vacances, car ils comprenaient l’enjeu du combat social.»

Salaires

«Au début de l’année prochaine, les représentants des syndicats de travailleurs et ceux des employeurs vont entamer les négociations pour un nouvel accord interprofessionnel. Comme CSC, nous continuons à dénoncer avec vigueur la loi de 2016 qui limite très fortement toute hausse des salaires; cette mesure fait que la part des travailleurs sur la richesse produite ne cesse de diminuer. Or, ce sont les travailleurs et les travailleuses qui produisent cette richesse. On recommence donc à les considérer comme de simples “outils”, et de moins en moins comme des personnes avec des ressources et des compétences que l’on doit respecter.»