La CSC

Brown-out: la flamme en veilleuse

Insatisfaction, perte de sens, désengagement: c’est le brown-out. À travers la standardisation ou la demande de polyvalence, les nouvelles formes d’organisation du travail jouent un rôle dans l’apparition de la maladie.
Un travailleur qui se fait régulièrement rabrouer en public par son chef, ou dont le travail subit un manque de considération répété. Un autre travaille de longues heures, mais en étant constamment surmené et insatisfait. La motivation du travailleur baisse, il se sent mal au travail et s’en désengage. L’idée d’aller travailler devient insupportable et le moindre prétexte est utilisé pour ne pas y aller. La flamme du travailleur se met en veilleuse: c’est le brown-out, comme une chute de tension du réseau électrique qui aboutit à une légère panne de courant.
«Les personnes qui souffrent de brown-out n’ont plus d’objectifs clairs. Elles sont en conflit avec leurs propres valeurs parce que les valeurs de leur entreprise ont changé et que ce qu’on leur demande aujourd’hui ne correspond plus à leur engagement, explique Laurence Semoulin, permanente interprofessionnelle à la CSC de Mons-La Louvière. C’est particulièrement marquant chez les infirmières qui sont chronométrées pour faire leurs actes médicaux, alors qu’initialement, elles étaient dans l’aide et dans l’empathie. Il y a une perte de sens. Elles se retrouvent en porte à faux par rapport à ce qu’elles vivaient avant.»
Dans les firmes où le management ne traite pas le personnel convenablement et où le travail perd de son sens, le premier symptôme des maladies psychosociales, c’est l’accroissement de l’absentéisme.

Les effets pervers de la polyvalence

Dans les usines, les méthodes de management inspirées du toyotisme et la demande répétée de polyvalence jouent également un rôle non négligeable dans l’apparition du brown-out.
«Les nouvelles formes d’organisation du travail entrent dans tous les secteurs d’activité, explique Laurence Semoulin. Le côté fragmenté, standardisé de l’ensemble des fonctions dans certaines entreprises peut entrainer de la perte de sens et aboutir à un brown-out. Certains ouvriers ne savent plus pourquoi ils font certaines choses. Il y a une aliénation durant la journée de travail dont on ressort presque robotisé, au sens automatique du terme
La demande de polyvalence joue également un rôle important dans le processus de déclenchement du burn-out et du brown-out. «J’ai rencontré, dans le cadre des formations syndicales que je donne, des personnes qui m’expliquent qu’elles ont une expertise technique dans la réparation d’un certain type de machine, et qu’on leur demande de réparer une machine B qui ne ressort pas de leur domaine d’expertise, mais également un tas d’autres tâches qui n’ont rien à voir avec leur métier de base. Le travailleur devient un homme à tout faire, alors que c’est son expertise qui donne du sens à son travail.»
Le travailleur est dépossédé de son savoir-faire au nom de la standardisation et de méthodes uniformisées. «Les méthodes d’organisation du travail s’inspirant du toyotisme pour accroitre la productivité sont en fait encore pires que le fordisme puisqu’elles se font avec l’assentiment des travailleurs: on leur demande de faire des propositions pour modifier leur propre organisation du travail. On prend les connaissances de l’un pour pouvoir les inculquer aux autres, afin qu’ils soient meilleurs, plus rentables et plus productifs que les précédents. On assiste à une mise à mort du travail

Série documentaire 

La série documentaire en trois parties "La mise à mort du travail" aborde ces questions et la manière dont les logiques de rentabilité pulvérisent les liens sociaux et humains.